Baden-Baden, Schwarzwald et style allemand — une journée qui ne s'est pas passée tout à fait comme prévu 😄
Der Battert : un écrin de grès au cœur de la Forêt-Noire
À une heure de route de Strasbourg vers le nord-est, la Forêt-Noire cache l'un des sites d'escalade les plus pittoresques d'Allemagne du Sud-Ouest. Le Der Battert — officiellement le Battertfelsen beim Schloss Hohenbaden — est niché au cœur d'une réserve naturelle, à deux pas de Baden-Baden, la célèbre ville thermale.
Le cadre est saisissant : des tours de grès surgissant de la forêt, entourées de sentiers de randonnée bien entretenus qui permettent de longer les parois aussi bien côté nord que côté sud. Ce jour-là, en plein début de l'heure d'hiver, les feuillages dorés et rouges des arbres à feuilles caduques encadraient chaque voie comme un tableau. La Forêt-Noire offre à cet égard un spectacle automnal encore plus coloré que les massifs vosgiens — les rouges y sont particulièrement intenses.
La météo était au rendez-vous : 18°C, soleil voilé, conditions idéales. Résultat : Der Battert était absolument bondé. Les voies faciles affichaient complet, les grimpeurs se succédaient sur chaque secteur. Nous n'étions clairement pas les seuls à avoir eu l'idée de profiter de ce dernier souffle de l'automne.
Le site en bref
Selon le topo, Der Battert se compose de 25 secteurs (tours rocheuses indépendantes), proposant un mélange de voies sportives et de voies traditionnelles. L'ensemble est orienté débutants à intermédiaires, avec des parois quasi verticales qui conviennent à une large gamme de niveaux.
Comme dans le Pfalz voisin, le style allemand est de mise : protections mobiles (cams, nuts) souvent nécessaires en complément des points fixes, espacement des boulons généreux, engagement réel. Un rappel utile pour les grimpeurs habitués aux falaises sportives alsaciennes bien équipées.
La journée en paroi — avec And et son ami allemand
C'est And, compagnon de grimpe habituel des falaises alsaciennes, qui m'a proposé cette sortie. Il était accompagné d'un ami vivant en Allemagne — connaisseur du secteur, ou du moins c'est ce que nous pensions. Nous y reviendrons. 😄
Topo en main, nous avons arpenté le site dans tous les sens avant de trouver nos marques — l'incontournable baptême de tout premier passage sur un nouveau site.
Les voies du jour
Secteur Hohe Wand
Siebenschläfer (UIAA VII )
Pas encore totalement à l'aise avec la cotation UIAA, j'avais estimé la voie à du 6a/6a+ français avant de m'élancer. La réalité m'a vite rattrapé. Un petit toit à franchir, technique et engagé, qui m'a semblé plus proche du 6b/6b+. Verdict du partenaire local après coup : "C'est dans le grade." Lesson learned. 😅 Une voie franchement agréable malgré la surprise.
Nicht Wirklich (UIAA VI+)
Des prises solides tout au long de la voie, rien d'insurmontable en apparence. La clé du passage : repérer la prise en creux sur la droite au niveau du crux — sans elle, la section devient nettement plus difficile. Une voie idéale pour se mettre en jambes sur ce style de rocher.
Secteur Bismarckmassiv — ou comment finir à la frontale 🔦
C'est ici que la journée a pris une tournure... mémorable.
L'ami allemand avait un projet en tête : Ostwand (UIAA VIII+). Une voie que j'avais déjà parcourue en second lors de ma première visite en 2017, enchaînée avec la Wolpertinger. Cette fois, premier de cordée, en tête, pour la première fois sur ce tracé.
La voie présente deux sections distinctes :
・Une première partie technique (le crux se situe entre le 2ème et le 3ème point) — cotée dans le grade, exigeante mais gérée.
・Une seconde partie de 15 mètres sans point fixe, où cams et nuts deviennent les seules protections. Corps du style allemand dans toute sa splendeur. Ressenti personnel sur cette section : 6b/6b+ français. Topout atteint — satisfaction maximale.
C'est après que les choses se sont compliquées.
L'ami allemand, malgré plusieurs tentatives passées sur ce même itinéraire, a dû battre en retraite à mi-hauteur. Surprise générale.
Résultat : dégaines et cams suspendus dans la paroi, propriétaire bloqué en bas, soleil couché depuis un moment déjà.
Qui allait récupérer tout ça ? 😆
Hors de question de remonter la voie dans le noir, avec des protections mobiles dans un secteur sans boulons. Mais grâce à ma première visite en 2017 — merci la session d'initiation en paroi du club d'escalade — je me souvenais d'un détail précieux : le Bismarckgrat (UIAA III+), sur le flanc droit de la tour, rejoint le même relais sommital par un itinéraire nettement plus accessible.
Après quelques minutes de négociation convaincante avec le partenaire, direction le Bismarckgrat — frontale allumée, paroi dans l'obscurité totale.
Bismarckgrat (UIAA III+) — en second, à la frontale
18h passées. Nuit noire. Prises généreuses, itinéraire logique — aucune difficulté technique majeure, à condition de ne pas paniquer et de soigner le repérage de l'itinéraire. Au relais sommital, une surprise inattendue : les lumières de Baden-Baden scintillant dans la vallée, un panorama nocturne que peu de grimpeurs ont l'occasion (ou l'idée) de contempler. 😄
Rappel enchaîné, dégaines et cams récupérés, retour au sol. Mission accomplie.
Baden-Baden : le bonus thermal après la grimpe 🛁
Si vous venez grimper au Der Battert, sachez que Baden-Baden — ville thermale de renommée internationale — est à quelques minutes en voiture. Ses thermes (les célèbres Caracalla Therme et Friedrichsbad) sont une conclusion idéale après une journée en paroi. Une bonne raison supplémentaire de prolonger l'aventure.
Ce qu'il faut retenir du Der Battert
Der Battert est un site d'escalade hors du commun, qui mêle qualité de grimpe, cadre naturel exceptionnel et authenticité du style allemand. À moins d'une heure de Strasbourg, il constitue une alternative sérieuse aux falaises alsaciennes pour tout grimpeur souhaitant élargir son horizon — et acceptant de jouer le jeu des protections mobiles.
Quelques points à garder en tête avant de s'y rendre :
・Cams et nuts sont indispensables sur de nombreuses voies, y compris sur les itinéraires cotés accessibles
・La cotation UIAA est sévère — raisonnez systématiquement un demi-grade au-dessus de votre repère français
・Venez tôt par beau temps — le site est très fréquenté les week-ends ensoleillés
・Connaître le site dans son ensemble peut vous sauver la mise — une anecdote personnelle en témoigne 😄
Et si jamais vous vous retrouvez à récupérer des dégaines à la frontale en contemplant les lumières de Baden-Baden... c'est que vous avez vécu une vraie journée d'escalade allemande. 🤣
Note historique — Automne 2020
Cette sortie a eu lieu en octobre 2020, en pleine période COVID-19. À cette époque, l'Allemagne avait classé le Grand Est français (dont Strasbourg) comme zone à risque, imposant certaines restrictions à l'entrée sur le territoire. Cependant, grâce à une décision des autorités frontalières locales, les passages de moins de 24 heures étaient exemptés de test PCR, permettant aux grimpeurs des deux côtés du Rhin de continuer à se retrouver librement sur les falaises. Les sites alsaciens continuaient d'ailleurs d'accueillir de nombreux grimpeurs germanophones — une belle illustration de la solidarité transfrontalière propre à cette région.
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